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July 4, 2011
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9

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Make
NIKON CORPORATION
Model
NIKON D300
Shutter Speed
1/5000 second
Aperture
F/2.0
Focal Length
50 mm
ISO Speed
100
Date Taken
Jun 5, 2011, 1:56:19 PM
Software
Adobe Photoshop CS5 Windows
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Albert-Jean Despres - Lettre V by bwiti Albert-Jean Despres - Lettre V by bwiti
« 11 octobre 1916

Lettre à mon fils qui vient d’avoir 9 ans

Mon cher petit,

Tu viens d’avoir 9 ans, et cet âge charmant, le voici devenu le plus émouvant des âges. Trop jeune encore pour participer à la guerre, tu es assez grand pour avoir l’esprit marqué de ses souvenirs, assez raisonnable pour comprendre que c’est toi, c’est vous les enfants de neuf ans qui aurez plus tard à en mesurer les conséquences et à en appliquer les leçons.
Quelle belle vie, harmonieuse et pleine, nous vous aurons préparée là, si vous savez en effet, si vous voulez vous souvenir et comprendre ! C’est pour que tu te souviennes mon petit que j’accepte volontiers les angoisses de l’heure, tous les risques, et la séparation plus cruelle que tout, qui bouleverse le cher foyer où nous vivions avec ta mère, où nous t’avons tant choyé.

Et comme au temps où tu étais un « tout petit », et où je t’assoyais sur mes genoux, pour te raconter des histoires ou te montrer de belles images, écoute, de toute ta tendresse attentive, des choses qui d’abord sembleront peut-être un peu graves, même à un grand garçon de neuf ans, mais que je serai plus tranquille de t’avoir dites, mon cher petit, assuré que, de ma bouche, tu t’y attacheras d’avantage, et tu les comprendras – oui, ton papa sera ainsi plus tranquille si, la guerre finie, il devait n’être plus là pour te les expliquer.
Tes neufs ans qui te préservent, qui te gardent à ta mère – à moi, et à la France – tes neuf ans, pourtant comme je les bénis !

Je ne me crois coupable ni de faiblesse ni de sensiblerie.
J’admire ce Général, que je connais, et qui ne porte pas le deuil de ses fils, et qui n’en parle jamais, - deux fils, toute sa tendresse et tout son orgueil, tombés le même jour, 20 ans et 19 ans, - qui ne porte pas leur deuil « pour ne pas attrister et amollir le courage de ses hommes ».
Je l’admire, je ne sais pas si j’aurais la force de l’imiter. Je t’aurais serré contre mon cœur et puis, sans larmes, sans cris, comme les autres, j’aurais attendu et coopéré.

Mais il ne me sera pas défendu de me réjouir si ce fut mon tour et non pas le tien, et si c’est moi qui suis parti, et que tu restes. C’est à mon sens, un des problèmes les plus poignants d’une guerre, de choisir par avance lesquels de ses défenseurs nés une nation doit offrir les premiers au sacrifice.
Je dis franchement. Un homme de 35 ans qui meurt, est un foyer détruit, avec toutes ses responsabilités et ses charges ; mais je ne puis ni m’empêcher de me demander s’il n’y a pas encore plus de tristesse lorsque ce qui est brutalement détruit, c’est l’espoir même du foyer.

Certes je sens combien, à quitter ma chère femme et mon enfant chéri, mon chagrin serait immense mais du moins par eux, j’aurais eu des années de bonheur et d’amour, et l’amertume de mes regrets ne me résumera qu’à la douceur de mes souvenirs.

Je regretterai ce que je n’ai pas fait, tout ce que j’aurais du pouvoir faire ; mais je penserai en même temps que tu es là, toi mon fils, pour me continuer, pour réaliser ce que j’avais seulement projeté ou rêvé.
La mort de l’enfant est accablante et stérile, celle du père, une mort noble comme toutes les morts d’aujourd’hui, apparaît bien au contraire exaltante et féconde.

Comprends-tu maintenant, mon petit gars, tout ce que nous avons mis en vous, nous les pères, à cette heure grave, tout ce que nous attendons de vous, fils de 9 ans, et pourquoi je dis qu’en partant les premiers nous aurions la meilleur part ? Car si Dieu ne permet pas que la fin de la guerre nous réunisse comme autrefois, au lieu du vide affreux, du morne désespoir où m’eût plongé ta perte, ma dernière pensée aura été réconfortante et douce, celle du souvenir et de l’exemple que j’aurai tâché de laisser.

Aux armées le onze octobre 1916

Lieutenant Després. »

Albert-Jean Després était né le 21 décembre 1888 à Nouanle-Fuzelier. En 1914, il était le père d’un petit Albert âgé de 7 ans. Commerçant et secrétaire de mairie à Pierrefitte-sur-Sauldre dans le Loir-et-Cher, Albert-Jean fut nommé lieutenant au 96e régiment d’infanterie. Il fut tué le 21 avril 1918, à 37 ans au cours de la bataille des Flandres dans la région de Hauts Rouge et de Vidaigne.




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:iconlittlemissging:
littlemissGing Mar 15, 2012  Hobbyist General Artist
Love the colors.
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:iconsonikblast:
Perfect in any way!
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:iconthefatbuda:
TheFatbuda Aug 1, 2011  Hobbyist Photographer
Your amazing work has been Featured here --> [link] :+favlove:
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:icongonegranola:
J'aime vos photos! Tres tres beau!
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:icon2marla2:
J'aime beaucoup ce cadrage
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:iconzomoz:
Merci encore pour cette émouvante série ! Les photos me rappelle qu'avec mon père et le père de ma mère, nous avions cherché l'emplacement de la pièce d'artillerie où ce dernier avait servit pendant la deuxième guerre mondiale. Nos recherches s’arrêtèrent au bord d'un étang. La nature recouvre le souvenir. Il est utile de se rappeler que sous la terre dort notre conscience ...
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:iconelizelda:
Elizelda Jul 4, 2011  Student General Artist
There are three distinctive "thirds" to this piece: the grey sky the wooded hills, and the field in the foreground. I like this sectioning of the image, especially the fact that it's not evenly partitioned. I also like the intensity of the greens contrasting with the overcast weather.
Some critique/suggestions: I feel the 'blurriness' of immediate foreground is too pronounced, taking up over a third of the entire image. I assume that the lone tree is one (if not the main) focal point of the picture, and feels like it's being 'squashed' a little too much on both sides by the dark hills and the out-of-focus part of the field. I think giving it more room 'to breathe' (either by changing the composition or focus) would benefit this photo. A clearer image would also give the viewer a close-up of the grasses and flowers in the field which I think would be nice to see.
Once again though, the three sections make quite an impact, visually. The hills are such an intense dark green compared to the pale tints of the field. The sky works very well, too, complementing the central alignment of the lone tree with a 'parting of the clouds' right above.
Hope that helps :)
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:iconbwiti:
Again thanks:)
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:iconkynkakunn:
this isn't just another beautiful picture, somehow you look at it and can't turn away
love the text, not that i understand it, but keeps me learning more french, beginner as i am
Magnifique
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