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January 13, 2013
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Green Wall by bwiti Green Wall by bwiti
Green Wall

Dans les années 90 la Malaisie et quelques autres pays d’Asie du sud-est étaient comparés à des tigres. Le dynamisme économique transforma en profondeur l’existence dans la région, et malgré la succession de crises financières, la vie politique et économique malaisienne reste dominée par la notion puissante de développement, avec pour horizon 2020, année symbole d’une modernisation « accomplie ».

L’industrialisation de la production de l’huile de palme, l’exploitation forestière, figurent parmi les moteurs qui ont profité à la croissance, et ces deux secteurs sont intrinsèquement liés. Car le schéma est souvent le même : De larges zones du territoire sont attribuées aux compagnies forestières, les basses terres d’abord, puis des zones plus difficile d’accès.
Dans un premier passage les bois les plus précieux sont abattus, viennent ensuite ceux de moindre valeur. Lorsqu’une aire est arrivée à épuisement, elle est attribuée aux industriels qui y plantent des millions d’hectares de palmiers à huile et d’acacia. On assiste dès lors à la substitution méthodique et irrémédiable de forêts exceptionnelles, parfois uniques (l’insularité de Bornéo où sont situés deux états Malaisien sur treize, le Sarawak et le Sabah, fait que de nombreuses espèces animales et végétales y sont endémiques), par des déserts biologiques prodigieusement lucratifs.
Deux des trois leaders mondiaux dans le secteur de l’huile de palme sont malais. La société FELDA (Federal Land Development Authority) a signé en 2012 l’entrée boursière la plus importante après Facebook. Contrairement au réseau social les investisseurs se sont rués sur les actions dont le cours s’est envolé de 18% dès l’ouverture. Dans le secteur du bois, la Malaisie dominait en 2010 les exportations de grumes (selon l’OIBT, l’Organisation Internationale des bois tropicaux), l’inde, la Chine et le japon étant les principaux acheteurs.
Ce sont là deux courants puissants de l’économie malaisienne qui modèlent le pays et dans ce grand bouleversement l’accaparement des terres ne se fait pas sans heurts. Au-delà de la dégradation environnementale à grande échelle, nous assistons à une refondation des traditions et mode de vie des populations autochtones, dont le territoire coutumier devient enjeu fondamental.

Le Sarawak, du fait de son histoire et d’un népotisme chronique, est l’état de Malaisie où ces problématiques sont les plus nombreuses et se posent avec le plus d’acuité. L’organisation hollandaise « Wetlands International », s’appuyant sur des images satellitaires du programme scientifique SARVISION, affirme que le Sarawak, entre 2005 et 2010, a perdu 10% de ses forêts humides, soit un taux de déforestation 3 fois supérieur à celui observé dans le reste de l’Asie.

Le Fond Bruno Manser, une organisation suisse très active dans la région, y évoque quant à elle une subsistance en deçà de 10 % des forêts primaires. Des négociations d’accords volontaires entre l’Union Européenne et la Malaisie engagée en 2007 dans le cadre de son plan d’action contre le commerce de bois illégal (FLEGT ou Forest Law Enforcement Governace and Trade), achoppaient encore en septembre 2012 sur les problématiques relevées au Sarawak. Celles-ci portent notamment sur la non-reconnaissance des droits coutumiers indigènes (Native Customary Right) de certaines terres exploitées.

Ainsi « Green Wall » est l’histoire de deux murs se faisant face : la forêt du Sarawak et les plantations industrielles. C’est aussi l’histoire des Penans, un peuple traditionnellement nomade progressivement sédentarisé depuis les années 50, un peuple qui a cependant su préserver jusqu’à aujourd’hui une relation intime avec la forêt. Enfin c’est l’histoire d’une idée et d’un espoir, le Penan Peace Park, une zone préservée dont les fragiles frontières s’égarent dans la jungle de Bornéo. Une revendication territoriale que des avocats défendent avec passion devant les cours de Malaisie.

La scène se déroule sur la cordillère de Bornéo séparant la Malaisie de la partie indonésienne de l’île, le Kalimantan, dans le haut Baram, région isolée du Sarawak. Il est 5h30, le jour n’est pas encore levé mais résonnent déjà dans la vallée les coups portés sur un bambou : Le tubung.
Aux quatre coins du petit village de Balai, les coqs se mettent à chanter, quelques fidèles se lèvent, empoignent leurs lampes et rejoignent l’église. L’obscurité zébrée de faisceaux lumineux commence à mourir, c’est l’heure de la prière.
Les Penans ont été christianisés au 20ème siècle par des missionnaires britanniques et chaque jour, à tour de rôle, la population officie. Ce matin de novembre 2012, deux femmes sont à la lecture, dans un silence de nouveau monde qui s’éveille, silence seulement troublé par les murmures et les chants.

Balai est un des 18 villages qui ont annoncé en mai 2012 la création du Penan Peace Park (PPP), après deux ans de rencontres entre les communautés. Une zone couvrant une superficie de 1628 km2 que les Penans reconnaissent comme une terre coutumière, mais que le gouvernement du Sarawak a toutefois concédé à quelques compagnies forestières, notamment Samling la multinationale la plus active dans la région. Cinquante-six pourcents du PPP est recouvert de forêts primaires, les quarante-quatre restants abritant des forêts secondaires consécutives à la déforestation. Celle-ci est attribuée pour vingt-sept pourcents aux compagnies forestières, douze pourcents à l’activité agricole des Penans et cinq pourcents aux feux de forêts. Environ mille huit cent Penans, soit un peu plus de de dix pourcents de leur population au Sarawak, vivent au sein du PPP. Le Penan Peace Park est un ambitieux projet, considérant le déséquilibre des relations de pouvoir entre quelques villages isolés dépourvus de moyens de communication et des compagnies forestières cotées en bourses secondées par un gouvernement du Sarawak semi-autoritaire disposant d’une forte autonomie politique et économique.

Le Sarawak a hérité de son histoire coloniale la reconnaissance d’un droit coutumier sur les terres que les populations ont cultivé antérieurement à 1957, conséquemment il existe aujourd’hui une réelle autonomie des populations dites natives au sein de leur territoire coutumier. Les penans font partie de cet éventail ethnique regroupé sous l’appellation dayak et l’ensemble des communautés indigènes représente 45% de la population du Sarawak, avec 12 à 16000 individus les penans comptant pour moins de 1%. Il s’agit donc d’un groupe extrêmement vulnérable de par sa faible représentativité mais aussi en raison de son histoire particulière.
Les penans jusque dans les années 1950 étaient un peuple nomade qui se sédentarisa progressivement sous l’influence des missionnaires. De ce fait il est difficile aujourd’hui d’apporter devant les tribunaux, les preuves que des terres leur appartenaient avant 1957, car en nomadisant au cœur de la jungle, ne subsistant que de chasse et de cueillette, les penans ne laissaient que peu de traces derrière eux qui ne soient englouties par la pluie, la terre et la végétation. Pourtant chaque groupe penan évoluait dans une zone circonscrite, revenant parfois sur les lieux d’anciens campements, selon ce que la forêt pouvait leur apporter, malgré tout le gouvernement du Sarawak, contrairement aux autres communautés autochtones, ne leur reconnait aucun droit foncier coutumier.

Cette histoire leur a légué des traditions fortes et une relation avec la terre puissante, et si les populations du haut Baram sont à présent sédentarisées, elles continuent à vivre en étroite dépendance avec la forêt. Les penans sont restés de grands chasseurs et le gibier reste à ce jour, avec le poisson pêché dans les rivières, leur apport principal de protéine. Ils tirent de la forêt de très nombreuses plantes médicinales ainsi que des légumes et des fruits, si chaque village est entouré de zones déforestées destinées à leurs plantations de riz, puis laissées en jachère, leur tradition agricole est tout à fait récente.

Depuis 30 ans, les penans luttent contre les compagnies forestières et le gouvernement du Sarawak mais si certaines communautés sont parvenues à repousser l’exploitation, la déforestation continue de toute part. Le Penan Peace Park est entouré de zones où des compagnies oeuvrent nuit et jour, empiétant toujours un peu plus sur le territoire penan. Les rivières s’envasent du fait de l’érosion des sols et la pollution consécutive à la déforestation et aux plantations de palmes réduit considérablement le nombre de poissons. Après quelques passages des compagnies il ne reste plus rien, le gibier s’enfonce dans d’autres territoires encore préservés et les communautés penans se retrouvent amputées de ce lien si particulier avec la forêt humide qui fonde le cœur de leur culture.
C’est ce pourquoi le PPP a été créé. S’inspirant de la déclaration des nations unies sur les droits des peuples autochtones, 18 villages ont travaillé pendant 2 ans à la rédaction d’un projet destiné à préserver la culture penan, son savoir-faire et ses croyances, à sauvegarder les forêts et fonder une économie et des institutions autonomes et fortes dans l’enceinte du parc. Afin d’y parvenir la population ambitionne en 6 ans de réaliser 16 projets dont voici la liste :

- Sécuriser la langue penan en produisant et publiant un dictionnaire.
- Revitaliser et transmettre la langue penan par une promotion à l’enseignement.
- Sécuriser le savoir-faire par la publication d’ouvrages traitant des traditions penans.
- Transmettre ce savoir-faire aux générations futures par l’organisation d’un festival.
- Sécuriser l’histoire et les légendes penans par l’enregistrement audio.
- Transmettre cette histoire aux nouvelles générations.
- Sécuriser les zones de forêts primaires restantes en les protégeant des agressions extérieures et réaliser un inventaire de la flore et de la faune concernée.
- Renforcer l’attention écologique en organisant des ateliers et en encourageant les recherches scientifiques au sein du PPP.
- Réhabilitions et restauration des forêts secondaires par une protection des zones concernées et des replantations si nécessaire.
- Promouvoir une agriculture durable en corrigeant et améliorant la technique agricole penan.
- Sécuriser la qualité de l’eau avec l’aide nécessaire du gouvernement du Sarawak en établissant un raccordement de chaque foyer penan à une eau potable.
- Restaurer et réhabiliter les rivières par des méthodes de pêche durable.
- Développer une économie touristique en adaptant les infrastructures.
- Renforcer les institutions locales en édifiant un fort comité au sein de chaque village mais aussi un comité pour le PPP entier.
- Parvenir à une reconnaissance officielle au niveau local, national et international du PPP.

Voilà donc les jalons posés de ce projet ambitieux et si certaines communautés natives du Sarawak approuvent l’exploitation forestière et l’industrialisation des plantations pour les bénéfices que cela peut induire (emplois, routes, infrastructures), les penans en majorité depuis 30 ans refusent cette orientation et luttent pour que soit reconnu un droit coutumier sur les terres exploitées.

A ce jour plus d’une centaine de plaintes ont été déposées contre les compagnies forestières et le gouvernement du Sarawak, dont certaines concernent les villages du PPP et sont encore en cours.


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:iconannabelle-chabert:
Annabelle-Chabert Featured By Owner Apr 16, 2014   Photographer
Magnifique !!! :-)
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:iconbananachoc:
BananaChoc Featured By Owner Nov 20, 2013
On dirait, la vie d'un humain et ses voyages, ses pensées. :)
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:iconxxladymarchxx:
XxLadyMarchxX Featured By Owner Jun 1, 2013  Hobbyist Interface Designer
with some imagination, it just looks like a tangly dragon. anyway . . amazing picture!! Tres bien
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:iconmissumlaut:
MissUmlaut Featured By Owner May 7, 2013   Photographer
C'est une photo magnifique, dommage de l'avoir encadrée de bandes noires.
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:iconjelena-zivkovic:
jelena-zivkovic Featured By Owner Apr 16, 2013  Hobbyist Photographer
je suis amoureuse avec tous tes photos : ))
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:iconfeldrand:
feldrand Featured By Owner Feb 12, 2013  Hobbyist Photographer
this is incredible... did you take this photo?
i love the whole series - you have a wonderful way of showing things... thank you for sharing... :D
:iconsun--plz:
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:iconbenoitjwild:
BenoitJWild Featured By Owner Jan 18, 2013  Hobbyist Photographer
Je n'ai as tout lu mais je ne connaissait pas cette comparaison avec les tigres asiatiques, personnelement j'ai plutôt entendu parler des dragons asiatiques.
Ceci dit très belle photo et je n'y manquerait pas d'y rejeter un œil.
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:iconbwiti:
bwiti Featured By Owner Jan 19, 2013
Il y a les dragons et les tigres, on ne parle pas des même pays :)
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