Comme tu le sais, je t'écris du monastère des Capucins de Pozzuoli qui domine notre belle ville de Naples. Ici, je parviens parfois à trouver un apaisement au cours de ces rares instants que le seigneur daigne m'accorder. La phtisie me ronge et je ne compte plus les flaques de sang laissées par terre, à force que de cracher sur mon passage. Ma douce sœur, comprend mon impuissance à t'exprimer le désarroi qui me ceint. Malgré les innombrables mots que l'homme a eu le génie d'inventer au cours du temps, aucun ne me semble assez rigoureux pour décrire avec précision les crises d'étouffements qui me surprennent en pleine nuit.
Pouvais-je imaginer du temps de ma splendeur, de si atroces sensations ? L'homme est si peu, qu'un souffle que l'on étouffe....?
Souviens-toi des hommages de la cour, souviens-toi comme ton frère fut fêté par les familles les plus éminentes d'Europe... Comme cela me semble vain à présent. Depuis la fin du mois de décembre, tu seras satisfaite et peut-être vaguement rassurée d'apprendre, que je me suis remis à l'ouvrage en composant un Stabat Mater. Ce travail, je le considère déjà comme fondamental à mon œuvre et à ce qu'il me reste d'existence. La phtisie me terrasse et en me terrassant elle m'associe à la souffrance de Marie au pied de la croix où son fils se meurt.
Fac ut portem Christi mortem, passionis fac consortem, et plagas recolere.
Jamais une composition n'avait ainsi fait corps avec moi, avec ma douleur, avec ma vie, avec ma fin. Je ne compose pas la mort d'un autre, mais bien plutôt celle qui me terrifie au cours des mois.
Ma très chère sœur, n'oublies pas ton frère, n'oublies pas Giovanni Battista Pergolesi
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